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Baclofène & alcoolisme – Arrêter de boire pour de bon…

Suite à une expérience personnelle après des années d’alcoolisme sévère, le cardiologue Olivier Ameisen rapporte en 2004 que le baclofène permet à l’homme de devenir indifférent à l’alcool.

Après avoir visité à maintes reprises services d’urgences hospitaliers et centres de cures, après avoir réalisé dix tentatives de sevrage ambulatoire, après avoir comptabilisé près de 5000 réunions dans des centres d’alcooliques anonymes, le professeur dit s’être réveillé un beau jour sans aucune envie de boire le moindre verre de whisky, de gin ou de vodka tonic, sa boisson favorite pendant ses années les plus noires. Son besoin compulsif de consommer de l’alcool aurait disparu en prenant ce petit médicament à l’origine commercialisé sous le nom Lioresal et prescrit pour le traitement de contractures musculaires.

Le mystère baclofène

Olivier Ameisen entreprend alors une campagne d’information auprès des médecins spécialistes enaddiction, en alcoologie, psychiatrie… mais se heurte à l’incrédulité de la part de ses confrères.

En affirmant qu’en prenant du baclofène, il est possible au malade alcoolique de devenir indifférent à l’alcool en quelques semaines, Olivier Ameisen rencontre un scepticisme général après tout bien logique. Mais pourquoi tous ces médecins refusent aussi catégoriquement la possibilité d’un traitement médicamenteux comme possible solution dans le combat de la maladie alcoolique? S’il a été définitivement admis qu’un sujet accroc au tabac est une sorte de toxicomane qui a souvent besoin de l’aide d’un patch ou autre substitut pour réduire sa sensation d’envie de fumer, l’alcooliquelui, n’aurait d’autre solution que la volonté pour mettre un terme à sa dépendance: “Quel pauvre type, il n’a aucune volonté. C’est sa faute, il n’a qu’à s’arrêter” (Le dernier verre).

Peut-être aurait-il été plus “pédagogique” d’avancer prudemment que le médicament est capable de devenir un allié précieux dans la quête d’une désintoxication alcoolique, même s’il est vrai que dans le domaine de l’alcoolisme les traitements chimiques se sont toujours révélés très peu efficaces. Oui mais voilà, et si cette fois était la bonne?

Olivier Ameisen donne lui comme explication exagérément provocante que la filière des alcoologues, addictologues, centres cures… prendrait un sérieux coup derrière la tête si l’on venait à apprendre qu’une pilule est capable à elle seule de régler une bonne partie du problème de la maladie alcoolique.

Il faut savoir que Olivier Ameisen n’est pas tout à fait le seul à affirmer que le traitement aubaclofène peut aider tout alcoolique à décrocher de sa dépendance. Il s’est même inspiré d’un essai clinique réalisé en Italie par Giovanni Addolorato pour se lancer dans une auto-médication prudente. Au cours de l’année 2000 l’étude avait porté sur un petit nombre d’individus alcooliques et le professeur de médecine à l’université catholique de Rome avait rendu la conclusion que  les propriétés anti-craving du médicament baclofène pouvaient offrir une solution possible dans le traitement de malades alcooliques.

Estimant se trouver dans une impasse, Olivier Ameisen décide alors en 2008 de se lancer dans une campagne de communication en commençant par publier son histoire à travers le livre Le dernier verre. Si cet ouvrage est tout de suite décrié par bon nombre de médecins et scientifiques, il se révèle être un espoir fabuleux pour les malades alcooliques qui voient là une ultime chance de se libérer de leur poison qu’est l’alcool. Certains s’organisent, passent les frontières et vont chercher le médicament là où il est en vente libre, en Espagne par exemple. D’autres se fournissent en passant commande sur Internet.

Des médecins intrigués testent la molécule sur leurs patients les plus atteints et en quelques semaines à peine affirment voir se dessiner un effet baclofène bien réel. Les docteurs Renaud de Beaurepaire, Philippe Jaury, Pascal Gache… deviennent ainsi les premiers médecins prescripteursambassadeurs du traitement au baclofène.

On estime aujourd’hui à plus de 1500 malades alcooliques en France traités au baclofène avec succès (sources d’une enquête réalisée pour Le Nouvel Observateur).

Comment la magie opère-telle ? Les détracteurs du baclofène parlent d’un effet anxiolytique, les plus farouches vont jusqu’à dénoncer un simple effet placebo. Quoiqu’il en soit, le phénomène médiatique s’amplifie et l’agence nationale de sécurité du médicament a fini par autoriser une grande étude clinique en avril 2012. Autant dire que les résultats seront observés à la loupe, dès qu’ils seront rendus publics.